Portrait Antoine Soria Sommelier - Bastia

Antoine Soria, sommelier

Sommelier, Bastia. Élu Meilleur Sommelier de Corse en 2016

Antoine, vous avez été élu Meilleur Sommelier de Corse à seulement 24 ans. Quel a été le déclic qui vous a fait embrasser ce métier ?

 

C’est un ensemble de facteurs qui m’ont permis d’en arriver là ou je suis aujourd’hui. Rien ne me prédestinait à ce métier, mis à part mon amour et ma passion pour la gastronomie et le vin. Je dirais que dès mon premier stage au Grand Hotel Cala Rossa*****, Patrick Fioramonti qui était le directeur du restaurant et aussi un grand sommelier, m’a pris sous son aile et m’a transmis tout son savoir et ses expériences. Ce qui a été une grande motivation pour progresser. En tout cas je tiens à le remercier car beaucoup de jeunes n’ont pas cette chance.

 
 
 

Pouvez-vous nous présenter votre profession ?

 

Sommelier c’est avant tout être le relais entre les vignerons, la terre, le savoir-faire et les clients. C’est très important de savoir se mettre à l’écoute des consommateurs pour les orienter au mieux dans leurs choix afin qu’ils passent un bon moment. Je dis souvent que la qualité pour devenir un bon sommelier c’est de savoir se remettre en question perpétuellement. Car dans mon domaine, les choses changent tout le temps, comme un vin qui évolue.

 

Quel a été votre parcours ?

 

J’ai débuté dans un bar à vin à Ghisonaccia pour ensuite faire mes stages de BTS Hôtellerie, que j’ai effectués au lycée Fred Scamaroni à Bastia, une formation d’un très bon niveau avec des enseignants qualifiés, puis au Grand Hotel Cala Rossa*****. Là j’ai pu toucher du doigt la rigueur d’un établissement aussi prestigieux. J’ai gravi les échelons un par un pour être 1er sommelier. Aujourd’hui je travaille à “l’Empreinte du Vin” sur Bastia, une entreprise en pleine évolution, avec 3 points de vente sur la région. Nous proposons beaucoup de références corses et d’autres régions françaises. Mais aussi des spiritueux et de l’épicerie fine.

 
 
 
 

L’Association des Sommeliers Corses a-t-elle permis une meilleure reconnaissance des vins de notre région ?

 

L’association existe depuis des années. Et toutes les personnes qui se sont investies et s’investissent aujourd’hui permettent de promouvoir le vin corse.

 

Quels sont les principaux cépages en Corse, et sont-ils répartis dans toutes les micro-régions ?

 

Les principaux cépages pour les rouges : Nielucciu et Sciaccarellu, pour les blancs : Vermentinu. Muscat : Muscat à petits grains. Sans oublier les autres : Biancugentile, Barbarossa, Carcaghjolu Neru, Carcagholu Biancu, Muresconu, et bien d’autres.. La plupart des cépages sont répartis, mais le Nielucciu est plus répandu sur Patrimoniu et le Sciaccarellu dans le Sud, Il règne en maître dans les parties granitiques de l’île et notamment autour d’Ajaccio et de Sartène où il donne des vins d’une très grande finesse. Le Vermentinu est étendu sur toute l’île car c’est le cépage roi pour les vins blancs de Corse. Tous les autres sont un peu parsemés sur l’ensemble de la Corse selon la volonté du vigneron.

Quelles sont leurs spécificités en terme de saveur ?

 

Le Nielucciu donne aux vins une robe très soutenue d’un rouge profond. Il leur assure finesse, densité et bouquet : « un nez de fourrure de lièvre et de réglisse » qui libère des arômes de fruits rouges et de violettes avec une note boisée et qui, en vieillissant, évolue vers des arômes d’épices et de fleurs du maquis. Le Sciaccarellu : de l’adjectif qui signifie «craquant» pour un cépage unique à la Corse. Des rouges aristocratiques, souples, à la robe discrètement colorée et qui offrent un bouquet poivré remarquable : arômes de fruits rouges, épices, café, fleurs du maquis. Vermentinu : Également appelé Malvoisie de Corse, ce cépage produit des vins blancs de très haute qualité parmi les meilleurs du pourtour méditerranéen. Des vins très typés blancs secs, volumineux, forts en bouche et d’un degré souvent élevé. La robe est pâle avec des reflets jaune-vert. Au nez, ils offrent un fort bouquet d’arômes floraux, de pomme et d’amande. Les rouges Aleaticu, Minustellu et Carcaghjolu Neru : leur entrée dans les AOP fait bouger les lignes ! Riminese, Barbarossa, Murescona et Vintaiu… ils sont encore confidentiels, mais les quelques privilégiés qui ont eu la chance de les déguster l’assurent, ce sont les pépites en devenir du vignoble corse.

 

Le défi de la qualité a-t-il été relevé par nos vignerons ?

 

Oui, les vins corses sont de plus en plus qualitatifs, d’ailleurs le choix est rude. Mais la richesse de cépages et de terroirs en Corse permet à tout à chacun de trouver un vin corse à son goût. Les préjugés font partie du passé. Les vignerons se sont formés, ils ont également fait des investissements que soit pour le travail de la vigne ou en cave avec des nouveaux matériels.

 
 
 

Les appellations « bio » fleurissent, mais sont-elles un gage de meilleure qualité ?

 

Le bio n’est pas un gage de qualité pour le vin. C’est une certification qui labellise le respect de l’environnement. Un vin bio n’est pas forcément meilleur qu’un autre. Quand la qualité en elle-même du vin est bonne et qu’il est labélisé bio c’est encore mieux pour tous les consommateurs !

 

Peut-on encore trouver de bons crus à petit prix ?

 

Oui tout à fait, c’est le but de notre métier, trouver les meilleurs rapports qualité/prix. C’est pour cela que j’invite les consommateurs à ouvrir la porte du caviste le plus proche de chez eux. Nous n’avons pas que des vins dit « chers ». Mais des vins à tous les prix, pour tous les budgets.

 

Faut-il se fier aux médailles et autres récompenses ?

 

Globalement je dirais qu’on peut s’y fier mais il en existe tellement qu’aujourd’hui certaines sont plus ou moins reconnues. Il existe de vraies références comme le “guide de la Revue des vins de France” ainsi que le “guide Bettane et Desseauve”.

 

Avez-vous un conseil de pro à nous indiquer pour mieux choisir ?

 

Ouvrez la porte de votre caviste le plus proche il saura vous conseiller et appréhender vos goûts afin de mieux vous orienter.

 
 
 
 

Pouvez-vous nous suggérer un itinéraire Route Corse des Vins ?

 

Tout le littoral est propice aux itinéraires. Nous avons une grande différence de terroirs, de paysages d’une côte à une autre du Nord au Sud .La route des vins que je suggère c’est celle de Patrimonio. Au départ de Bastia, direction Patrimonio en passant par le Col de Teghime avec un point de vue époustouflant sur le golfe de Saint Florent (coucher de soleil somptueux). En redescendant sur le village de Patrimoniu, vous pourrez admirer ces étendues de vigne magnifiques. Vous pouvez ensuite traverser le village de saint Florent et rejoindre le désert des Agriates qui fait toujours partie de l’appellation. A savoir que Patrimonio est la plus ancienne des appellations. Nous sommes ici dans le berceau du vin.

Comment voyez-vous la récolte 2019 ? Sera-t-elle une bonne année ?

 

Pour en avoir parlé avec certains vignerons, tous les jus qui sont rentrés dans les caves sont de très bonne qualité. Concernant la quantité cela dépend des différentes régions de Corse c’est un peu moins homogène.

 
 
Pour les non-amateurs, quelques alternatives au vin en Corse : le Cap Corse, un vin cuit doux, parfumé, avec des arômes quinquina, type Porto, parfait à l’apéritif avec des glaçons, ou le Muscat, sucré et goûteux, pouvant également accompagner un foie gras ! Pétillant, il s’accorde davantage avec un délicat dessert. Et bien sûr, les fameuses liqueurs de cédrat, de myrte, et le limoncellu à déguster après un bon repas, les yeux vers les étoiles!**
 

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